samedi 11 janvier 2014

Ce qu'il faut pour être heureux

Il faut penser ; sans quoi l'homme devient,
Malgré son âme, un vrai cheval de somme.
Il faut aimer ; c'est ce qui nous soutient ;
Sans rien aimer il est triste d'être homme.
Il faut avoir douce société,
Des gens savants, instruits, sans suffisance,
Et de plaisirs grande variété,
Sans quoi les jours sont plus longs qu'on ne pense.
Il faut avoir un ami, qu'en tout temps,
Pour son bonheur, on écoute, on consulte,
Qui puisse rendre à notre âme en tumulte,
Les maux moins vifs et les plaisirs plus grands.
Il faut, le soir, un souper délectable
Où l'on soit libre, où l'on goûte à propos,
Les mets exquis, les bons vins, les bons mots
Et sans être ivre, il faut sortir de table.
Il faut, la nuit, tenir entre deux draps
Le tendre objet que notre coeur adore,
Le caresser, s'endormir dans ses bras,
Et le matin, recommencer encore.

Voltaire

vendredi 10 janvier 2014

POURQUOI...

Pourquoi la lampe s'est-elle éteinte ?
Je l'entourai de mon manteau pour la mettre à l'abri du vent :
c'est pour cela que la lampe s'est éteinte.

Pourquoi la fleur s'est-elle fanée ?
Je la pressai contre mon coeur avec inquiétude :
voilà pourquoi la fleur s'est fanée.

Pourquoi la rivière s'est-elle tarie ?
Je mis une digue en travers d'elle afin qu'elle me servit à moi seul :
voilà pourquoi la rivière s'est tarie.

Tagore

samedi 16 novembre 2013

Venise - Venezia en camping-car

En route pour Venise en cette fin d'octobre. Nice --> le camping "Le Miramare"en camping-car, environ 7 heures de route avec la pause repas... presque rien ! Le camping est quasiment vide. Les emplacements sont suffisamment grands pour être bien installé. Le seul bloc sanitaire ouvert fin octobre n'est pas très propre. Il vaut mieux utiliser la douche du camping-car...
Mais il fait beau et tout est parfait. Du camping, l'accès au Vaporetto à pied se fait facilement. La ligne 15 amène directement et rapidement à la place Saint Marc.
Quelques photos pour le plaisir...












J'ai presque peur, en vérité - poème de Paul Verlaine

J'ai presque peur, en vérité

J'ai presque peur, en vérité,
Tant je sens ma vie enlacée
À la radieuse pensée
Qui m'a pris l'âme l'autre été,

Tant votre image, à jamais chère,
Habite en ce coeur tout à vous,
Mon cœur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;

Et je tremble, pardonnez-moi
D'aussi franchement vous le dire,
À penser qu'un mot, un sourire
De vous est désormais ma loi,

Et qu'il vous suffirait d'un geste.
D'une parole ou d'un clin d'oeil,
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.

Mais plutôt je ne veux vous voir,
L'avenir dût-il m'être sombre
Et fécond en peines sans nombre,
Qu'à travers un immense espoir,

Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours,
En dépit des mornes retours,
Que je vous aime, que je t'aime !


Paul Verlaine

vendredi 14 juin 2013

La mer et l'amour, poème de Pierre de Marbeuf

 LA MER ET L'AMOUR


Et la mer et l'amour ont la mer pour partage
Et la mer est amère, et l'amour est amer.
L'on s'abîme en la mer aussi bien qu'en l'amour,
Car l'amour et la mer ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage.
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer
qu'il ne se laisse pas par l'amour emporter
Car tous deux ils seraient sans hasard de naufrage
La mer de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau.
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes...


Pierre de Marbeuf

Le voyage, le comte de Ségur

Le voyage.

Par M. le comte de Ségur.

(1756-1805)



À voyager passant sa vie,

Certain vieillard, nommé le Temps ;

Près d'un fleuve arrive et s'écrie :

"Ayez pitié de mes vieux ans.

Eh quoi ! Sur ces bords on m'oublie,

Moi, qui compte tous les instants !

Mes bons amis, je vous supplie,

Venez, venez, passez le Temps."



De l'autre côté, sur la plage,

Plus d'une fille regardait,

Et voulait aider son passage

Sur un bateau qu'Amour guidait.

Mais une d'elles, bien plus sage,

Leur répétait ces mots prudents :

"Ah ! Souvent on a fait naufrage

En cherchant à passer le Temps."



L'Amour, gaiement, pousse au rivage,

Il aborde tout près du Temps ;

Il lui propose le voyage,

L'embarque, et s'abandonne au vent.

Agitant ses rames légères,

Il dit et redit, dans ses chants :

"Vous voyez bien, jeunes bergères,

Que l'Amour fait passer le Temps."



Mais tout à coup l'Amour se lasse,

Ce fut toujours là son défaut ;

Le Temps prend les rames à sa place,

Et lui dit : "Quoi, céder sitôt !

Pauvre enfant, quelle est ta faiblesse !

Tu dors, et je chante à mon tour

Ce vieux refrain de la sagesse :

Ah ! Le Temps fait passer l'Amour."



Une beauté dans le bocage

Se riait sans ménagement

De la morale du vieux sage,

Et du dépit du jeune enfant :

"Qui peut," dit le Temps en colère,

"Braver l'Amour et mes vieux ans ?"

"C'est moi" dit l'Amitié sincère,

Qui ne crains jamais rien du Temps".







(Comédies, Proverbes et Chansons, par Joseph-Alexandre Ségur, in-8°, Paris, Colnet, an x, 1802)



jeudi 13 juin 2013

Les séparés, poème de Marceline Desbordes-Valmore


 Les séparés

N'écris pas - Je suis triste, et je voudrais m'éteindre
Les beaux été sans toi, c'est la nuit sans flambeau
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau
N'écris pas !

N'écris pas - N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes
Ne demande qu'à Dieu ... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais
N'écris pas !

N'écris pas - Je te crains; j'ai peur de ma mémoire;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire
Une chère écriture est un portrait vivant
N'écris pas !

N'écris pas ces mots doux que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur;
Et que je les voix brûler à travers ton sourire;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur
N'écris pas !

Marceline Desbordes-Valmore